Sujet : La littérature doit-elle nécessairement instruire le lecteur ?
Introduction :
Depuis l’Antiquité, la littérature est perçue comme un outil d’enseignement et de moralisation. Les fables, les tragédies, les romans philosophiques ont souvent eu pour vocation de transmettre un message ou d’instruire les lecteurs. Pourtant, certains auteurs modernes revendiquent une littérature plus libre, déconnectée de toute visée éducative, prônant la seule recherche de la beauté et du plaisir esthétique. On peut alors se poser la question : la littérature doit-elle nécessairement instruire le lecteur, ou peut-elle se limiter à un pur divertissement ?
Cette question nous amène à nous interroger sur les fonctions de la littérature, qui oscille entre instruction et divertissement, entre fonction didactique et plaisir du texte. Nous verrons dans un premier temps que la littérature a souvent servi de support à l’instruction, avant d’examiner dans un second temps l’idée selon laquelle la littérature peut aussi être une fin en soi, cherchant à offrir un plaisir esthétique sans objectif moral ou éducatif.
I. La littérature comme vecteur d’instruction
A. La fonction didactique traditionnelle
Depuis des siècles, la littérature a joué un rôle central dans l’instruction des lecteurs. Dès l’Antiquité, les œuvres d’Homère ou de Sophocle étaient porteuses de valeurs morales et civiques. Par exemple, les fables de La Fontaine ne se contentent pas de divertir, elles proposent des leçons de morale qui enseignent aux lecteurs des principes de vie, comme le montre la célèbre fable « Le Loup et l’Agneau ». De même, les philosophes des Lumières, tels que Voltaire ou Diderot, utilisaient le roman comme un moyen de diffusion des idées nouvelles, à travers des œuvres comme Candide ou Jacques le Fataliste. La littérature a donc longtemps eu pour vocation d’éduquer le lecteur et de l’inciter à réfléchir.
B. Le rôle de la littérature dans la critique sociale
Par ailleurs, la littérature a souvent été un outil de critique sociale, dénonçant les injustices et appelant à un changement. Victor Hugo, dans Les Misérables, dénonce les conditions de vie des classes populaires et appelle à la compassion. La fonction de la littérature n’est donc pas seulement d’instruire moralement, mais aussi de remettre en question l’ordre établi et d’éveiller les consciences.
II. La littérature comme plaisir esthétique
A. La quête du beau pour le beau
Cependant, à partir du XIXe siècle, avec des courants comme l’esthétisme ou le symbolisme, certains auteurs ont commencé à revendiquer une littérature détachée de toute fonction morale ou éducative. Pour eux, l’art et la littérature n’ont d’autre fin que la recherche du beau. Théophile Gautier, dans sa préface à Mademoiselle de Maupin, exprime cette idée en affirmant que « tout ce qui est utile est laid ». De même, les poèmes de Charles Baudelaire, dans Les Fleurs du mal, privilégient la beauté du vers et de l’image, sans nécessairement chercher à instruire ou à moraliser le lecteur.
B. La littérature comme évasion
La littérature peut également avoir pour fonction de divertir, d’offrir une échappatoire à la réalité. C’est le cas des romans de Jules Verne ou de J.K. Rowling qui plongent le lecteur dans des mondes imaginaires. Ici, l’instruction laisse place à l’évasion, au rêve, sans qu’il soit nécessaire d’en retirer une quelconque leçon. Le plaisir esthétique et narratif devient alors une fin en soi.
III. Une fonction multiple et complémentaire
A. Une littérature à la fois instructive et divertissante
Cependant, la frontière entre littérature didactique et littérature de divertissement n’est pas toujours si nette. Certains auteurs parviennent à allier ces deux dimensions. Molière, par exemple, à travers ses comédies comme Le Misanthrope ou Tartuffe, allie rire et réflexion, divertissement et critique sociale. La littérature peut donc à la fois instruire et plaire.
B. L’apport personnel du lecteur
Enfin, il est important de rappeler que le lecteur joue un rôle actif dans son rapport à la littérature. Une œuvre littéraire, même si elle n’a pas pour objectif premier d’instruire, peut susciter une réflexion personnelle, une prise de conscience. Ainsi, la littérature peut être instructive, même de manière indirecte, en fonction de la sensibilité et des attentes de chaque lecteur.
Conclusion :
La littérature, dans sa diversité, n’a pas nécessairement pour mission d’instruire. Si elle a longtemps joué un rôle didactique important, elle peut également se concevoir comme une fin en soi, cherchant à offrir au lecteur un plaisir esthétique et une évasion. Toutefois, ces deux dimensions ne sont pas incompatibles, et de nombreuses œuvres parviennent à combiner instruction et divertissement. Finalement, c’est au lecteur de déterminer la fonction qu’il souhaite donner à la littérature, en fonction de ses attentes et de ses sensibilités.